Aujourd'hui je t'écris une newsletter un peu différente. Je vais te raconter l'histoire d'une après-midi au cabinet de kiné.
Trois bilans à la suite. Trois patients différents. Une même plainte : douleur au tibia, une prescription du médecin pour une même pathologie : PERIOSTITE
Sur le papier, même pathologie. Dans la réalité… trois histoires totalement différentes.
Patient n°1 : la charge d'entraînement mal maîtrisée
Premier bilan de l'après-midi. Coureur motivé, sérieux, qui s'entraîne "bien" selon lui.
Mais en creusant un peu, en analysant son Strava je vois : augmentation rapide du volume, ajout récent de séances d'intensité suite à son arrivée dans un club d'athlétisme.
Bref, une variation de charge trop brutale.
Son tibia n'a pas eu le temps de s'adapter. La douleur est le signal d'alarme.
Ici, le problème n'est pas "le tibia", mais sa charge d'entraînement. Trop, trop vite, son corps n'a pas le temps de s'adapter aux nouveaux stimuli, le maillon le plus faible de la chaîne commence à souffrir : douleur au tibia.
Le point le plus important de sa rééducation sera d'adapter son entraînement !
Patient n°2 : des capacités physiques insuffisantes
Deuxième patient. Même localisation de douleur. Même mot : "périostite".
Mais cette fois, l'entraînement est plutôt bien géré, pas de changements significatifs, on teste la suite :
Sur le bilan fonctionnel où je vais évaluer les qualités physiques je retrouve :
Autrement dit : des capacités musculaires trop faibles, un système qui n'absorbe pas les contraintes de la course.
Son tibia encaisse… à la place des muscles.
Ici, réduire la charge seule ne suffira pas. Sans renforcement ciblé, la douleur reviendra.
Le point le plus important de sa rééducation sera d'améliorer ses capacités physiques : du renforcement musculaire adapté.
Patient n°3 : le red flag à ne pas rater
Troisième bilan. Même douleur au tibia.
Mais cette fois : augmentation rapide de la charge, choc direct sur le tibia sur un foot, boiterie depuis une semaine à la marche.
Douleur plus vive, plus localisée, différente dans son évolution.
Là, même si l'ordonnance faite aux urgences quelques jours plus tôt nous dit "périostite", je suis obligé de réorienter pour un second avis du médecin ➡ Suspicion de fracture de fatigue.
Le discours, la prise en charge et l'urgence changent complètement.
Même douleur. Trois causes. Trois prises en charge.
Si je m'étais contenté de dire : "C'est une périostite, on fait pareil pour tout le monde" 👉 j'aurais fait une erreur pour au moins deux patients sur trois.
C'est exactement pour ça qu'un bilan sérieux est indispensable :
En course à pied (et en kiné), la douleur n'est que la conséquence, pas le problème en soi.
Chaque personne est différente. Chaque histoire mérite d'être comprise.
Ce qu'il faut retenir
Alors si tu es coureur : retiens qu'une douleur est un signal d'alarme, si elle persiste plusieurs jours va consulter un professionnel de santé formé sur la prise en charge des coureurs pour ne pas perdre de temps.
Si tu es kiné : forme toi sur la prise en charge des coureurs, et sur l'entraînement du coureur à pied pour avoir une vraie vision holistique du coureur, et te sentir vraiment compétent pour prendre en charge tous les coureurs.