Dans l'accompagnement des coureurs, une question revient systématiquement : comment déterminer de manière fiable les seuils physiologiques afin de structurer les zones d'entraînement ?
On aimerait avoir pour chaque coureur qu'on accompagne la valeur de SEUIL 1, SEUIL 2 et VO2max.
Plusieurs méthodes existent, chacune avec ses avantages, ses limites et ses contextes d'utilisation. Parmi les plus répandues, on retrouve le profilage lactate, l'analyse des échanges gazeux et les tests de vitesse critique.
1. Analyse des échanges gazeux
L'analyse des échanges gazeux constitue une approche de référence. Elle repose sur un test incrémental sur tapis, mais avec une mesure en continu des variables respiratoires : consommation d'oxygène (VO2), production de dioxyde de carbone (VCO2) et ventilation. Les seuils ventilatoires sont identifiés grâce à des changements dans les relations entre ces variables.
Le SEUIL 1 est généralement repéré par une augmentation du débit respiratoire liée à l'élévation du CO2, accompagnée d'une cassure dans la courbe VE/VO2.
Le SEUIL 2 correspond à une nouvelle augmentation du débit ventilatoire, avec des modifications visibles sur VE/VO2 et VE/VCO2.
L'un des grands avantages de cette méthode est qu'elle permet d'obtenir un profil physiologique complet, incluant la VO2max.
Cependant, cette approche présente aussi des limites. Les protocoles peuvent varier d'un laboratoire à l'autre, ce qui peut influencer les résultats, avec un risque de surestimation des seuils. De plus, le coût et l'accessibilité du matériel restent des freins pour une utilisation large sur le terrain.
> Pour aller plus loin sur la VO2max et son utilisation à l'entraînement, lis notre article [Comprendre la VO2max](/blog/comprendre-vo2max).
2. Profilage au lactate
Le profilage lactate repose sur un test incrémental, généralement réalisé sur tapis, avec des paliers suffisamment longs (au moins 3 minutes) pour atteindre un état stable. À la fin de chaque palier, une mesure du lactate sanguin est effectuée, le plus souvent au doigt ou au lobe de l'oreille. L'analyse de la courbe permet ensuite d'identifier les seuils lactiques 1 et 2, à partir des ruptures de pente.
Cette méthode est souvent considérée comme un "gold standard" pour l'identification des seuils lactiques. Elle permet de définir précisément les domaines d'intensité (modéré, élevé, sévère), ce qui en fait un outil particulièrement pertinent pour individualiser l'entraînement. En revanche, elle ne fournit pas de mesure directe de la VO2max, nécessite du matériel spécifique et coûteux, et reste dépendante de l'interprétation du testeur, ce qui peut introduire une variabilité.
> Note : les seuils lactiques et ventilatoires sont plutôt bien corrélés selon Cerezuela-Espejo et al., *The Relationship Between Lactate and Ventilatory Thresholds in Runners: Validity and Reliability of Exercise Test Performance Parameters*.
Pour un focus complet sur ce test, ses limites et le protocole que nous utilisons : [Comprendre le profilage au lactate](/blog/profilage-lactate).
3. Test de vitesse critique
Enfin, le test de vitesse critique offre une alternative simple et accessible.
Réalisé sur piste, il consiste généralement en deux efforts maximaux, par exemple sur 3 minutes et 12 minutes.
À partir des performances obtenues, on peut calculer une vitesse critique, souvent associée au second seuil physiologique. Tu as accès à notre calculateur de vitesse critique directement sur notre site.
Ce type de test présente des avantages évidents : il est facile à mettre en place, ne nécessite aucun matériel spécifique et se déroule directement dans l'environnement d'entraînement du coureur.
En revanche, il ne permet pas d'identifier précisément le premier seuil, qui est souvent estimé de manière approximative (autour de 80 à 84 % de la vitesse critique), ni d'accéder à des données comme la VO2max.
> Pour creuser le sujet : [Comprendre la vitesse critique](/blog/vitesse-critique) et [Le spectre d'intensité](/blog/spectre-intensite).
Conclusion
Au final, aucune méthode ne s'impose comme universellement supérieure.
Le choix dépend du contexte, des moyens disponibles et des objectifs du suivi.
Dans une pratique de terrain et selon nous pour la majorité des coureurs, la vitesse critique peut suffire à structurer efficacement l'entraînement.
En revanche, pour un suivi plus fin ou une approche clinique, les tests en laboratoire conservent un intérêt majeur, sachant que les résultats restent fortement soumis au protocole d'évaluation mis en place.
Une approche pragmatique, combinant accessibilité, fiabilité et reproductibilité, permettra d'optimiser la prescription d'entraînement tout en gardant l'essentiel en tête : la progression durable du coureur, sans blessure.
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